mercredi 14 juin 2017

"Les Fleurs du Mal on commencera peut-être à les comprendre dans quelques années. Faut-il vous dire à vous qui ne l’avait pas plus deviné que les autres, que dans ce livre atroce, j’ai mis tout mon cœur, toute ma tendresse, toute ma religion (travestie), toute ma haine. Il est vrai que j’écrirais le contraire, que je jurerais mes grands dieux que c’est un livre d’art pur, de singeries, de jongleries, et je mentirais comme un arracheur de dents."

samedi 11 mars 2017




Mastering à Cordes-Sur-Ciel.
Un type s'est jeté sous le TGV dans lequel j'étais.

lundi 2 janvier 2017

Le voyage de Charles Baudelaire aux Mascareignes
(Décembre 2016)









lundi 21 novembre 2016

Aide précieuse d'Andoni Iturrioz.
Premières sorties pour écoutes des titres ailleurs que chez moi.
Douloureuse épreuve à faire que d'écouter sur un ordinateur portable, sachant que 90% des gens vont l'écouter de la sorte. Ou s'en foutre.

vendredi 14 octobre 2016

J'avance en tremblant.

lundi 4 juillet 2016

Photos de la lecture musicale du 23 juin
Avec David Ayala et Jérôme Castel













lundi 20 juin 2016


mardi 14 juin 2016

Tombe de Baudelaire hier avec Andoni Iturrioz




Qui es-tu Salomé?
 


vendredi 6 mai 2016


mardi 3 mai 2016

Une fenêtre s'est ouverte. Je ne m'en rends compte qu'après coup.

vendredi 8 avril 2016

J'applique le 'Je est un autre' à la lettre.

lundi 21 mars 2016

p581

Accueil de Rency (1907)

"Baudelaire est aussi impuissant pour l'amour que pour le travail. Il aime comme il écrit, par saccades, puis il retombe dans son égoïsme flâneur et crapuleux. Jamais il n'eut la curiosité de l'homme ou le sens de l'évolution humaine...Son art devait donc pécher par étroitesse et par singularité: et ce sont bien ces défauts-là qui en écartent les esprits sains et droits, aimant les oeuvres claires et de portée universelle."
Georges Rency

jeudi 17 mars 2016

ENREGISTREMENT DU VIOLON ALTO
Écoute des premiers mixs (...)
Mon petit jeu de mimétisme me joue des tours..?!?...

mercredi 16 mars 2016

p554

Conversation sur son nom
"...votre nom vient de Baud (gai)...Vous êtes bon et gai. - Non, non je suis méchant et triste..."
Badelaire: sabre à lame courte

p555
"Le baudelaire...est une sorte de coutelas...Le baudelaire large et court, à deux tranchants...entre d'un coup certain et sauvage, car la main qui la tien est proche de sa pointe"

p557
boa violet

tous les jours il avait une autre apparence

p560 et 561!!

Baudelaire en mime
p 513

Baudelaire, surtout à la fin de sa vie et au vu du peu de succès rencontré par son oeuvre, s'est de plus en plus mis lui-même en vente. Il s'est donné en prime avec son oeuvre, confirmant ainsi jusqu'au bout, par l'exemple de sa propre personne, ce qu'il pensait du caractère inéluctable de la prostitution pour le poète.

Baudelaire était obligé de revendiquer la dignité du poète dans une société qui n'avait plus aucune sorte de dignité à offrir. D'où la bouffonnerie de son personnage


lundi 14 mars 2016

P473

"Le monde de Baudelaire est un étrange sectionnement du temps où seuls de rares jours notables apparaissent: ce qui explique les fréquentes expressions telles que "si quelque soir" etc " M. Proust


p476

La volonté d'interrompre le monde

Interrompre le cours du monde - telle était la volonté la plus intime de Baudelaire. La volonté de Josué. (non tant la prophétique: car il ne songeait pas à faire demi-tour). Sa violence, son impatience et sa colère en découlent. En découlent aussi les tentatives toujours renouvelées de frapper le monde au coeur (ou de l'endormir par son chant). C'est cette volonté qui, dans ses oeuvres, l'engagea à accompagner la mort de ses encouragements.

L'accès de colère comme sectionnement du temps

L'irascibilité de Baudelaire relève de sa nature destructrice. On comprends mieux les choses quand on voit dans ses accès de colère là encore un sectionnement du temps.

p479

B. à sa mère, sur les Fleurs du Mal: " Ce livre...est...d'une beauté sinistre et froide; il a été fait avec fureur et patience."

p481

Le spleen intercale des siècles entre l'instant tout juste vécu et l'instant présent.

La correspondance entre l'antiquité et la modernité est chez B. l'unique conception constructive de l'histoire.

p484
"Je ne blâme pas même la démarche saccadée...qui le faisait comparer à une araignée. C'était le commencement de la gesticulation carrée, qui va peu à peu se substituer aux grâces arrondies de l'ancien monde. Là aussi, il est un précurseur."

Gesticulation carrée..;Ian Curtis
"Les Fleurs du Mal peuvent se voir comme un arsenal. Baudelaire a écrit certains poèmes pour en détruire d'autres, composés avant lui." (Benjamin p459)

p458 et 459 +++

Baudelaire dans la mêlée poétique
Diffamation et imitation: des manoeuvres dans la lutte avec ses rivaux
Article de masse et poncif
Baudelaire s'émancipe des styles
Les Fleurs du Mal comme arsenal
Héroïsme de la production lyrique dans la crise de l'art



Il avait les gestes nobles, lents, rapprochés du corps. (p461)

lundi 29 février 2016

Benjamin p 455 et 456

"Baudelaire gardera jusqu'à sa fin cette maladresse intermittente qui fut si étrangère à la technique éblouissante d'un Hugo" (Seillière)

Thérive trouve chez Baudelaire "des gaucheries dont on se demande à présent si ce ne sont pas des traits sublimes".

mardi 23 février 2016

En relisant le blog depuis le début, c'est-à-dire dans le bon sens, je me rends compte que je me suis tenu à tout ce que j'ai noté.
Prédilection pour les formes tourmentées (vision organique): ...plantes grasses qui semblent des serpents se jetant sur une proie ou des hérissons accroupis. (Benjamin p413)






Notes pour le décor: la chambre qui se transforme...


La Chambre double


Une chambre qui ressemble à une rêverie, une chambre véritablement spirituelle, où l’atmosphère stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu.
L’âme y prend un bain de paresse, aromatisé par le regret et le désir. — C’est quelque chose de crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre ; un rêve de volupté pendant une éclipse.
Les meubles ont des formes allongées, prostrées, alanguies. Les meubles ont l’air de rêver ; on les dirait doués d’une vie somnambulique, comme le végétal et le minéral. Les étoffes parlent une langue muette, comme les fleurs, comme les ciels, comme les soleils couchants.
Sur les murs nulle abomination artistique. Relativement au rêve pur, à l’impression non analysée, l’art défini, l’art positif est un blasphème. Ici, tout a la suffisante clarté et la délicieuse obscurité de l’harmonie.
Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à laquelle se mêle une très-légère humidité, nage dans cette atmosphère, où l’esprit sommeillant est bercé par des sensations de serre-chaude.
La mousseline pleut abondamment devant les fenêtres et devant le lit ; elle s’épanche en cascades neigeuses. Sur ce lit est couchée l’Idole, la souveraine des rêves. Mais comment est-elle ici ? Qui l’a amenée ? quel pouvoir magique l’a installée sur ce trône de rêverie et de volupté ? Qu’importe ? la voilà ! je la reconnais.
Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule ; ces subtiles et terribles mirettes, que je reconnais à leur effrayante malice ! Elles attirent, elles subjuguent, elles dévorent le regard de l’imprudent qui les contemple. Je les ai souvent étudiées, ces étoiles noires qui commandent la curiosité et l’admiration.
À quel démon bienveillant dois-je d’être ainsi entouré de mystère, de silence, de paix et de parfums ? Ô béatitude ! ce que nous nommons généralement la vie, même dans son expansion la plus heureuse, n’a rien de commun avec cette vie suprême dont j’ai maintenant connaissance et que je savoure minute par minute, seconde par seconde !
Non ! il n’est plus de minutes, il n’est plus de secondes ! Le temps a disparu ; c’est l’Éternité qui règne, une éternité de délices !
Mais un coup terrible, lourd, a retenti à la porte, et, comme dans les rêves infernaux, il m’a semblé que je recevais un coup de pioche dans l’estomac.
Et puis un Spectre est entré. C’est un huissier qui vient me torturer au nom de la loi ; une infâme concubine qui vient crier misère et ajouter les trivialités de sa vie aux douleurs de la mienne ; ou bien le saute-ruisseau d’un directeur de journal qui réclame la suite du manuscrit.
La chambre paradisiaque, l’idole, la souveraine des rêves, la Sylphide, comme disait le grand René, toute cette magie a disparu au coup brutal frappé par le Spectre.
Horreur ! je me souviens ! je me souviens ! Oui ! ce taudis, ce séjour de l’éternel ennui, est bien le mien. Voici les meubles sots, poudreux, écornés ; la cheminée sans flamme et sans braise, souillée de crachats ; les tristes fenêtres où la pluie a tracé des sillons dans la poussière ; les manuscrits, raturés ou incomplets ; l’almanach où le crayon a marqué les dates sinistres !
Et ce parfum d’un autre monde, dont je m’enivrais avec une sensibilité perfectionnée, hélas ! il est remplacé par une fétide odeur de tabac mêlée à je ne sais quelle nauséabonde moisissure. On respire ici maintenant le ranci de la désolation.
Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ; une vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises.
Oh ! oui ! Le Temps a reparu ; Le Temps règne en souverain maintenant ; et avec le hideux vieillard est revenu tout son démoniaque cortége de Souvenirs, de Regrets, de Spasmes, de Peurs, d’Angoisses, de Cauchemars, de Colères et de Névroses.
Je vous assure que les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit : — «Je suis la Vie, l’insupportable, l’implacable Vie!»
Il n’y a qu’une Seconde dans la vie humaine qui ait mission d’annoncer une bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui cause à chacun une inexplicable peur.
Oui ! le Temps règne ; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse, comme si j’étais un bœuf, avec son double aiguillon. — « Et hue donc ! bourrique ! Sue donc, esclave ! Vis donc, damné ! »


Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

dimanche 21 février 2016

ENREGISTREMENT DU VIOLONCELLE
Au moment de la finition, le seul objectif est en fait d'arriver à me supporter (et peut-être par là à me rendre supportable).

mercredi 10 février 2016

Un merle m'accompagne ces jours-ci. Il ne chante pas, en revanche.


lundi 8 février 2016

NOTES pour un décor et/ou le graphisme


Benjamin p395

JUGENSTIL


Benjamin p395

"Quant au mobilier baudelairien...qu'il serve à donner une leçon aux dames élégantes de nos vingt dernières années...Que devant la prétendue pureté de style qu'elles ont pris tant de peine à atteindre, elles songent qu'on a pu être le plus grand et le plus artiste des écrivains, en ne peignant que des lits à rideaux refermables (Pièces condamnées), des halls pareils à des serres (Une martyre), des lits pleins d'odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux, des étagères avec des fleurs, des lampes qui ne brûlaient pas très longtemps (Pièces condamnées), si bien qu'on n'était plus éclairé que par un feu de charbon. Monde baudelairien que vient par moment mouiller et enchanter un souffle parfumé du large...grâce à ces portiques "ouverts sur des cieux inconnus" (La Mort des Pauvres) ou que "les soleils marins teignaient de mille jeux (feux?)" (La vie antérieure)." M. Proust "à propos de Baudelaire"


Benjamin p401

"Ce que M. Arsène Alexandre appelle alors "le charme profond des serpentins agités par le vent", c'est le style pieuvre, la céramique verte et mal cuite, les lignes forcées étirées en ligaments tentaculaires, la matière en vain torturée...La courge, la citrouille, la racine de guimauve, la volute de fumée inspirent un mobilier illogique sur lequel viennent se poser l'hortensia, la chauve-souris, la tubéreuse, la plume de paon, inventions d'artistes en proie à la passion mauvaise du symbole et du poème...Á une époque de lumière et d'électricité, ce qui triomphe c'est l'aquarium, le verdâtre, le sous-marin, l'hybride, le vénéneux." Paul Morand

Pour le coup on dirait qu'il décrit à la fin la pochette de Fantaisie Militaire



mardi 2 février 2016

lundi 25 janvier 2016

Revenir au texte...ce n'est qu'une lecture après tout.

lundi 11 janvier 2016

Benjamin p313

Pas saccadé de Baudelaire (Nadar)

Nadar décrit la tenue de Baudelaire, qu'il rencontre près de son domicile..."Un pantalon noir bien tiré sur la botte vernie, une blouse -blouse roulière bleue bien raide en ses plis neufs - pour toute coiffure ses longs cheveux noirs, naturellement bouclés, le linge de toile éclatante et strictement sans empois, quelques poils de barbe naissante sous le nez et au menton, et des gants roses tout frais...
Ainsi vêtu et non coiffé, Baudelaire parcourait son quartier et la ville d'un pas saccadé, nerveux et mat à la fois, comme celui d'un chat, et choisissant chaque pavé comme s'il eût à se garder d'y écraser un oeuf."

p311
"Le spectateur jouit de l'effort et l'oeil boit la sueur" (B)
"Les échos de l'inconscient en lui sont si forts -la création littéraire étant chez lui si proche de l'effort physique, les traînes de la passion sont si fortes, si longues, lentes et douloureuses - tout son être psychique y vit avec son être physique."

p326
cravate rouge sang de boeuf et des gants roses

dimanche 3 janvier 2016


samedi 2 janvier 2016

p452 (Benjamin)  "...il nous récitait d'une voix précieuse, douce, flûtée, onctueuse, et cependant mordante, une énormité quelconque, le "Vin de l'assassin" ou la "Charogne". Le contraste était réellement saisissant entre la violence des images et la placidité affectée, l'accentuation suave et pointue du débit"

samedi 19 décembre 2015

Les voix...


samedi 12 décembre 2015

Vous êtes résistant comme le marbre et pénétrant comme un brouillard d’Angleterre. (Flaubert à Baudelaire)
brouillard!

vendredi 11 décembre 2015

-Tu pètes plus haut que ton cul, Louis!
-Ta gueule, petit Bertrand!

lundi 30 novembre 2015

Je ne suis pas un chanteur, je suis un musicien qui chante.

mardi 24 novembre 2015

Premiers essais de prises de voix ces jours-ci, la mort dans l'âme, ou le dégoût plutôt.

vendredi 16 octobre 2015

"L'invitation au voyage" sauvée!

jeudi 24 septembre 2015

Sessions guitares jour 2 et 3 avec Jérôme Castel

jeudi 3 septembre 2015

ENREGISTREMENT DES GUITARES avec Jérôme Castel

samedi 4 juillet 2015

ENREGISTREMENT DE LA HARPE avec Hélène Breschand



















































mardi 30 juin 2015

Médite l'edit.

jeudi 25 juin 2015

J'ai comme l'impression (déjà!) qu'il y aura (eu) deux phases: la conception des maquettes s'est faite dans une tension extrême, l'enregistrement va (doit) se faire dans la détente.

mardi 23 juin 2015


Sculpter le son!

jeudi 18 juin 2015

Grosse erreur de trop faire écouter les maquettes...les gens ne captent pas que ce sont des directions de travail et écoutent ça comme du def...Ian Capple m'avait fait écouter les maquettes de Fantaisie Militaire et c'était vraiment inaudible (et insignable!).
Editing Basse Batterie...jusqu'où aller?

Chanson d'Après-midi
Pourquoi B. a t'il appelé ça "chanson" et pourquoi "d'après-midi"?
J'imagine une après-midi les rideaux fermés...

mercredi 17 juin 2015



Incroyable comme "Et lancent vers le ciel un affreux hurlement" sonne mieux que "Et poussent vers le ciel un long gémissement". Dans le premier cas, la phrase s'envole, dans le deuxième, c'est limite bovin.

mercredi 10 juin 2015




ENREGISTREMENT BASSE BATTERIE

Avec
Amaury Blanchard, batterie
Jaromil Perrinsky, basse
Sébastien Teulié, son
Jérôme Castel, image











INSTALLATION 1
Pétrir la boue



INSTALLATION 2
Mon frère, ce hérault



À UNE PASSANTE
Avec une analyse du poème par le bassiste en prime



LE CHAT 1


LE CHAT 2
La guerre du clic est déclarée.



LE CHAT 3



LE CHAT 4




À CELLE QUI EST TROP GAIE 1




À CELLE QUI EST TROP GAIE 2




À CELLE QUI EST TROP GAIE 3
Amaury Blanchard, ma primitive passion




SPLEEN 1
La guerre du clic continue et est gagnée par le bassiste




SPLEEN 2



SPLEEN 3



ÉLÉVATION


LA FONTAINE DU SANG



CHANSON D'APRÈS-MIDI


L'HÉAUTONTIMOROUMÉNOS
Décrassage

mardi 19 mai 2015

    Il s'était fait ainsi imprimer avec les admirables lettres
épiscopales de l'ancienne maison Le Clerc, les oeuvres de
Baudelaire dans un large format rappelant celui des
missels, sur un feutre très léger du Japon, spongieux, doux
comme une moelle de sureau et imperceptiblement teinté,
dans sa blancheur laiteuse, d'un peu de rose. Cette édition
tirée à un exemplaire d'un noir velouté d'encre de Chine,
avait été vêtue en dehors et recouverte en dedans d'une
mirifique et authentique peau de truie choisie entre mille,
couleur chair, toute piquetée à la place de ses poils, et
ornée de dentelles noires au fer froid, miraculeusement
assorties par un grand artiste.
    Ce jour-là, des Esseintes ôta cet incomparable livre de
ses rayons et il le palpait dévotement, relisant certaines
pièces qui lui semblaient, dans ce simple mais inestimable
cadre, plus pénétrantes que de coutume.
    Son admiration pour cet écrivain était sans borne. Selon
lui, en littérature, on s'était jusqu'alors borné à explorer les
superficies de l'âme ou à pénétrer dans ses souterrains
accessibles et éclairés, relevant, çà et là, les gisements
des péchés capitaux, étudiant leurs, filons, leur croissance,
notant, ainsi que Balzac, par exemple, les stratifications de
l'âme possédée par la monomanie d'une passion, par
l'ambition, par l'avarice, par la bêtise paternelle, par
l'amour sénile.
    C'était, au demeurant, l'excellente santé des vertus et
des vices, le tranquille agissement des cervelles
communément conformées, la réalité pratique des idées
courantes, sans idéal de maladive dépravation, sans audelà;
en somme, les découvertes des analystes s'arrêtaient
aux spéculations mauvaises ou bonnes, classifiées par
l'église; c'était la simple investigation, l'ordinaire
surveillance d'un botaniste qui suit de près le
développement prévu, de floraisons normales plantées
dans de la naturelle terre.
    Baudelaire était allé plus loin; il était descendu jusqu'au
fond de l'inépuisable mine, s'était engagé à travers des
galeries abandonnées ou inconnues, avait abouti à ces
districts de l'âme où se ramifient les végétations
monstrueuses de la pensée.
    Là, près de ces confins où séjournent les aberrations et
les maladies, le tétanos mystique, la fièvre chaude de la
luxure, les typhoïdes et les vomitos du crime, il avait trouvé,
couvant sous la morne cloche de l'Ennui, l'effrayant retour
d'âge des sentiments et des idées.
    Il avait révélé la psychologie morbide de l'esprit qui a
atteint l'octobre de ses sensations; raconté les symptômes
des âmes requises par la douleur, privilégiées par le
spleen; montré la carie grandissante des impressions,
alors que les enthousiasmes, les croyances de la jeunesse
sont taris, alors qu'il ne reste plus que l'aride souvenir des
misères supportées, des intolérances subies, des
froissements encourus, par des intelligences qu'opprime
un sort absurde.
    Il avait suivi toutes les phases de ce lamentable
automne, regardant la créature humaine, docile à s'aigrir,
habile à se frauder, obligeant ses pensées à tricher entre
elles, pour mieux souffrir, gâtant d'avance, grâce à l'analyse
et à l'observation, toute joie possible.
    Puis, dans cette sensibilité irritée de l'âme, dans cette
férocité de la réflexion qui repousse la gênante ardeur des
dévouements, les bienveillants outrages de la charité, il
voyait, peu à peu, surgir l'horreur de ces passions âgées,
de ces amours mûres, où l'un se livre encore quand l'autre
se tient déjà en garde, où la lassitude réclame aux couples
des caresses filiales dont l'apparente juvénilité paraît
neuve, des candeurs maternelles dont la douceur repose et
concède, pour ainsi dire, les intéressants remords d'un
vague inceste.
    En de magnifiques pages il avait exposé ces amours
hybrides, exaspérées par l'impuissance où elles sont de se
combler, ces dangereux mensonges des stupéfiants et des
toxiques appelés à l'aide pour endormir la souffrance et
mater l'ennui. à une époque où la littérature attribuait
presque exclusivement la douleur de vivre aux malchances
d'un amour méconnu ou aux jalousies de l'adultère, il avait
négligé ces maladies infantiles et sondé ces plaies plus
incurables, plus vivaces, plus profondes, qui sont creusées
par la satiété, la désillusion, le mépris, dans les âmes en
ruine que le présent torture, que le passé répugne, que
l'avenir effraye et désespère.
    Et plus des Esseintes relisait Baudelaire, plus il
reconnaissait un indicible charme à cet écrivain qui, dans
un temps où le vers ne servait plus qu'à peindre l'aspect
extérieur des êtres et des choses, était parvenu à exprimer
l'inexprimable, grâce à une langue musculeuse et charnue,
qui, plus que toute autre, possédait cette merveilleuse
puissance de fixer avec une étrange santé d'expressions,
les états morbides les plus fuyants, les plus tremblés, des
esprits épuisés et des âmes tristes.

(HUYSMANS, À rebours, p176)

dimanche 10 mai 2015

Tests basse batterie au studio (avant-hier)

mercredi 6 mai 2015

BAUDELAIRE
(suggestion de textes)

(Le vrai héros s'amuse tout seul.)


tels les vampires, « gens à tête de mort dont le principal
est M. Baudelaire, personnage plein d’un froid calcul,
qui emploie les niaiseries du mystère et de l’horreur
pour étonner son public (…) »
(Edmond Duranty, Le Figaro, 13 novembre 1856)


Tout se passe comme si Baudelaire avait mis son théâtre partout,
sauf précisément dans ses projets de théâtre
(Roland Barthes, Le théâtre de Baudelaire)

...ce qu'il y a de spécifiquement français chez lui: la rogne. Elle voit en lui le révolté...maniaque, révolté contre sa propre impuissance, et qui le sait...Les lecteurs de B. sont des hommes. Les femmes ne l'aiment pas. Pour les hommes, il décrit et transcende le côté ordurier de leur vie pulsionnelle. Si l'on va plus loin, vu sous cet éclairage, la passion de B. est pour nombre de ses lecteurs le rachat de certains aspects de leur vie hormique.
(Walter Benjamin)






PETITS POÈMES EN PROSE

LE CHIEN ET LE FLACON

     « – Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la ville. » 
     Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché ; puis reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche. 
     « – Ah! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies. »

LE FOU ET LA VÉNUS

   Quelle admirable journée! Le vaste parc se pâme sous l'œil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
   L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
   On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fumées.
   Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé.
   Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.
   Et ses yeux disent: - "Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux.
   Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté! Ah! Déesse! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire!"
   Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.


À UNE HEURE DU MATIN

Enfin ! seul ! On n’entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.
Enfin ! il m’est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D’abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.
Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée : avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l’un m’a demandé si l’on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d’une revue, qui à chaque objection répondait : « — C’est ici le parti des honnêtes gens, » ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d’acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m’a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m’a dit en me congédiant : « — Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z… ; c’est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons ; » m’être vanté (pourquoi ?) de plusieurs vilaines actions que je n’ai jamais commises, et avoir lâc
hement nié quelques autres méfaits que j’ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! Est-ce bien fini ?
Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !


CARNETS

Dettes et dépenses :


Mont de Piété 50
Garçons 190
Souliers 15
Arnaud 5
Belle Poule 10
La Rochefoucauld 5
Caisses 20
Sac de nuit 20
______
Cladel 10
Martin 50
Malassis 60
Poupart 50
Coussinet 80
_____
Chapelier 20
Ducreux 105
Porée 117
Dinochau 260
Pharmacien
Guys 90
Duranty 20
Lejosne 20
Peters 50
Villiers 200
Noriac 200
_____
Être le plus grand des hommes. Se dire cela à chaque instant.
_____
Café de Bruxelles
Café de la Rue
St Lazare
Encadreur
Mme Audin
Relieur
_____
Petit :


Sébastopol 101
Souliers 15
Chapelier 20
Blanchisseuse 10
Copiste 5
Encadreur 40
Relieur 5
Mont de Piété 50
Cafés 20
Ducreux 50
Martin 50
Cousinet 80
Poupart 50
Garçons 100
_____
Avoir de la matière, c'est avoir de l'argent.
______
Avoir 108 000 Fr. le
9 juillet
5 août – 15 août
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Écrire à ma mère mes excuses
mon échéance
chemin de fer
Trianon
Joubert
Écrire à Hetzel
à Dentu
à Asselineau
à ma Sœur
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Poèmes 80
Villemain 30
Eureka 30
Dandies 30
Peintres 30
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Total 200

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VILAINES CANAILLES

Forget
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CORRESPONDANCE

Lettre à Appolonie Sabatier (1)

La personne pour qui ces vers ont été faits, qu’ils lui plaisent ou qu’ils lui déplaisent, quand même ils lui paraîtraient tout à fait ridicules, est bien humblement suppliée de ne les montrer à personne. Les sentiments profonds ont une pudeur qui ne veut pas être violée. L’absence de signature n’est-elle pas un symptôme de cette invincible pudeur ? Celui qui a fait ces vers, dans un de ces états de rêverie où le jette souvent l’image de celle qui en est l’objet l’a bien vivement aimée, sans jamais le lui dire, et conservera toujours pour elle la plus tendre sympathie.


À Celle qui est trop gaie
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime!

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein,

Et le printemps et la verdure 
Ont tant humilié mon coeur,
 
Que j'ai puni sur une fleur
 
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur! 
À travers ces lèvres nouvelles,
 
Plus éclatantes et plus belles,
 
T'infuser mon venin, ma soeur!


Lettre à Appolonie Sabatier (2)

J’ai détruit ce torrent d’enfantillages amassé sur ma table. Je ne l’ai pas trouvé assez grave pour vous, chère bien aimée. Je reprends vos deux lettres, et j’y fais une nouvelle réponse. Il me faut, pour cela, un peu de courage ; car j’ai abominablement mal aux nerfs, à en crier, et je me suis réveillé avec l’inexplicable malaise moral que j’ai emporté hier soir de chez vous.
manque absolu de pudeur.
C’est pour cela que tu m’es encore plus chère.
il me semble que je suis à toi depuis le premier jour où je t’ai vu. Tu en feras ce que tu voudras, mais je suis à toi, de corps, d’esprit et de cœur.
Je t’engage à bien cacher cette lettre, malheureuse ! — Sais-tu réellement ce que tu dis ? Il y a des gens pour mettre en prison ceux qui ne paient pas leurs lettres de change, mais les serments de l’amitié et de l’amour, personne n’en punit la violation.
Aussi je t’ai dit hier : Vous m’oublierez, vous me trahirez ; celui qui vous amuse vous ennuiera. — Et j’ajoute aujourd’hui : Celui-là seul souffrira qui, comme un imbécile, prend au sérieux les choses de l’âme. — Vous voyez, ma bien belle chérie, que j’ai d'odieux préjugés à l’endroit des femmes. — Bref, je n’ai pas la foi. — Vous avez l’âme belle, mais en somme c’est une âme féminine.
Voyez comme en peu de jours notre situation a été bouleversée. D’abord, nous sommes tous les deux possédés de la peur d’affliger un honnête homme qui a le bonheur d’être toujours amoureux. Ensuite, nous avons peur de notre propre orage, parce que nous savons (moi surtout) qu’il y a des nœuds difficiles à délier.
Et enfin, enfin, il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, ce qui est si beau, si inviolable. Te voilà femme, maintenant. —Et si, par malheur pour moi, j’acquiers le droit d’être jaloux ! ah ! quelle horreur seulement d’y penser ! mais, avec une personne telle que vous, dont les yeux sont pleins de sourires et de grâces pour tout le monde, on doit souffrir le martyre.
La seconde lettre porte un cachet d’une solennité qui me plairait, si j’étais bien sûr que vous la comprenez. Never meet or never part ! Cela veut dire positivement qu’il vaudrait bien mieux ne s’être jamais connu, mais que quand on s’est connu on ne doit pas se quitter. Sur une lettre d’adieux, ce cachet serait très plaisant.
Enfin, arrive ce que pourra. Je suis un peu fataliste. Mais ce que je sais bien, c’est que j’ai horreur de la passion, — parce que je la connais, avec toutes ses ignominies ; — et voilà que l’image bien aimée qui dominait toutes les aventures de la vie devient trop séduisante.
Je n’ose pas trop relire cette lettre ; je serais peut-être obligé de la modifier, car je crains bien de vous affliger ; il me semble que j’ai du laisser percer quelque chose de la vilaine partie de mon caractère.
Il me paraît impossible de vous faire aller ainsi dans cette sale rue J.-J.-Rousseau. Car j’ai bien d’autres choses à vous dire. Il faut donc que vous m’écriviez pour m’indiquer un moyen.
Quant à notre petit projet, s’il devient possible, avertissez-moi quelques jours d’avance.
Adieu, chère bien aimée ; je vous en veux un peu d’être trop charmante. Songez donc que, quand j’emporte le parfum de vos bras et de vos cheveux, j’emporte aussi le désir d’y revenir. Et alors quelle insupportable obsession !
Décidément, je porte ceci moi-même rue J.-J.-Rousseau, dans la crainte que vous n’y alliez aujourd’hui. — Cela y sera plus tôt.




Lettre à sa mère




Le 6 mai 1861
Ma chère mère,
Si tu possèdes vraiment le génie maternel et si tu n'es pas encore lasse, viens à Paris, viens me voir, et même me chercher. Moi, pour mille raisons terribles, je ne puis pas aller à Honfleur chercher ce que je voudrais tant, un peu de courage et de caresses. À la fin de mars, je t'écrivais : Nous reverrons-nous jamais ! J'étais dans une de ces crises où on voit la terrible vérité. Je donnerais je ne sais quoi pour passer quelques jours auprès de toi, toi, le seul être à qui ma vie est suspendue, huit jours, trois jours, quelques heures. […]
Toutes les fois que je prends la plume pour t'exposer ma situation, j'ai peur ; j'ai peur de te tuer, de détruire ton faible corps. Et moi, je suis sans cesse, sans que tu t'en doutes, au bord du suicide. Je crois que tu m'aimes passionnément ; avec un esprit aveugle, tu as le caractère si grand ! Moi, je t'ai aimée passionnément dans mon enfance ; plus tard, sous la pression de tes injustices, je t'ai manqué de respect, comme si une injustice maternelle pouvait autoriser un manque de respect filial ; je m'en suis repenti souvent, quoique, selon mon habitude, je n'en aie rien dit. Je ne suis plus l'enfant ingrat et violent. De longues méditations sur ma destinée et sur ton caractère m'ont aidé à comprendre toutes mes fautes et toute ta générosité. Mais, en somme le mal est fait, fait par tes imprudences et par mes fautes. Nous sommes évidemment destinés à nous aimer, à vivre l'un pour l'autre, à finir notre vie le plus honnêtement et le plus doucement qu'il sera possible. Et cependant, dans les circonstances terribles où je suis placé, je suis convaincu que l'un de nous deux tuera l'autre, et que finalement nous nous tuerons réciproquement. Après ma mort, tu ne vivras plus, c'est clair. Je suis le seul objet qui te fasse vivre. Après ta mort, surtout si tu mourais par une secousse causée par moi, je me tuerais, cela est indubitable. Ta mort, dont tu parles souvent avec trop de résignation, ne corrigerait rien dans ma situation ; le conseil judiciaire serait maintenu (pourquoi ne le serait-il pas ?), rien ne serait payé, et j'aurais par surcroît de douleurs, l'horrible sensation d'un isolement absolu. Moi, me tuer, c'est absurde n'est-ce pas ? […]
Adieu, je suis exténué. Pour rentrer dans les détails de santé, je n'ai ni dormi, ni mangé depuis presque trois jours ; ma gorge est serrée. – Et il faut travailler.
Non, je ne te dis pas adieu ; car j'espère te revoir.
Oh ! lis-moi bien attentivement, tâche de bien comprendre.
Je sais que cette lettre t'affectera douloureusement, mais tu y trouveras certainement un accent de douceur, de tendresse, et même encore d'espérance, que tu as trop rarement entendus
Et je t'aime.




LES PARADIS ARTIFICIELS

« Un homme très célèbre, qui était en même temps un grand sot, choses qui vont très bien ensemble, à ce qu'il paraît, ainsi que j'aurai plus d'une fois sans doute le douloureux plaisir de le démontrer, a osé, dans un livre sur la Table, composé au double point de vue de l'hygiène et du plaisir, écrire ce qui suit à l'article VIN : «  Le patriarche Noé passe pour être l'inventeur du vin ; c'est une liqueur qui se fait avec le fruit de la vigne. »
Et après ? Après, rien : c'est tout. Vous aurez beau feuilleter le volume, le retourner dans tous les sens, le lire à rebours, à l'envers, de droite à gauche et de gauche à droite, vous ne trouverez pas autre chose sur le vin dans la Physiologie du goût du très illustre et très respecté Brillat-Savarin : «  Le patriarche Noé... » et «  c'est une liqueur... ».

....

Profondes joies du vin, qui ne vous a connues ? Quiconque a eu un remords à apaiser, un souvenir à évoquer, une douleur à noyer, un château en Espagne à bâtir, tous enfin vous ont invoqué, dieu mystérieux caché dans les fibres de la vigne. Qu'ils sont grands les spectacles du vin, illuminés par le soleil intérieur ! Qu'elle est vraie et brûlante cette seconde jeunesse que l'homme puise en lui ! Mais combien sont redoutables aussi ses voluptés foudroyantes et ses enchantements énervants. Et cependant dites, en votre âme et conscience, juges, législateurs, hommes du monde, vous tous que le bonheur rend doux, à qui la fortune rend la vertu et la santé faciles, dites, qui de vous aura le courage impitoyable de condamner l'homme qui boit du génie ? »

« D'ailleurs le vin n'est pas toujours ce terrible lutteur sûr de sa victoire, et ayant juré de n'avoir ni pitié ni merci. Le vin est semblable à l'homme : on ne saura jamais jusqu'à quel point on peut l'estimer et le mépriser, l'aimer et le haïr, ni de combien d'actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable. Ne soyons donc pas plus cruels envers lui qu'envers nous-mêmes, et traitons-le comme notre égal. »

« Entends-tu s’agiter en moi et résonner les puissants refrains des temps anciens, les chants de l’amour et de la gloire ? Je suis l’âme de la patrie, je suis moitié galant, moitié militaire. Je suis l’espoir des dimanches. Le travail fait les jours prospères, le vin fait les dimanches heureux. Les coudes sur la table de famille et les manches retroussées, tu me glorifieras fièrement, et tu seras vraiment content.
« J’allumerai les yeux de ta vieille femme, la vieille compagne de tes chagrins journaliers et de tes plus vieilles espérances. J’attendrirai son regard et je mettrai au fond de sa prunelle l’éclair de sa jeunesse. Et ton cher petit, tout pâlot, ce pauvre petit ânon attelé à la même fatigue que le limonier, je lui rendrai les belles couleurs de son berceau, et je serai pour ce nouvel athlète de la vie l’huile qui raffermissait les muscles les anciens lutteurs.
« Je tomberai au fond de ta poitrine comme une ambroisie végétale. Je serai le grain qui fertilise le sillon douloureusement creusé. Notre intime réunion créera la poésie. À nous deux nous ferons un Dieu, et nous voltigerons vers l’infini, comme les oiseaux, les papillons, les fils de la Vierge, les parfums et toutes les choses ailées. »
Voilà ce que chante le vin dans son langage mystérieux. Malheur à celui dont le cœur égoïste et fermé aux douleurs de ses frères n'a jamais entendu cette chanson ! »

« Il y a des ivrognes méchants ; ce sont des gens naturellement méchants. L'homme mauvais devient exécrable, comme le bon devient excellent. »

(…)

Je termine (…) par quelques belles paroles qui ne sont pas de moi, mais d’un remarquable philosophe peu connu, (…), théoricien musical, et professeur au Conservatoire. J’étais auprès de lui dans une société dont quelques personnes avaient pris du bienheureux poison, et il me dit avec un accent de mépris indicible : « Je ne comprends pas pourquoi l’homme rationnel et spirituel se sert de moyens artificiels pour arriver à la béatitude poétique, puisque l’enthousiasme et la volonté suffisent pour l’élever à une existence supra-naturelle. Les grands poètes, les philosophes, les prophètes sont des êtres qui, par le pur et libre exercice de la volonté, parviennent à un état où ils sont à la fois cause et effet, sujet et objet, magnétiseur et somnambule. »
Je pense exactement comme lui.





FUSÉES

Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin. Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’oeil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et, devant lui, qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux — autant que possible — du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit, en contemplant la fumée de son cigare : «Que m’importe où vont ces consciences?»
Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’œuvre. Cependant, je laisserai ces pages, — parce que je veux dater ma colère. (ma tristesse)

DIVERS

Le chat est un vampire sucré.

Suggestions. — Pourquoi les démocrates n’aiment pas les chats, il est facile de le deviner. Le chat est beau; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc…

NON…..NON…….crénom…..NON…..crénom….NON….NON

J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or.

La Musique creuse le ciel.

Créer un poncif, c'est le génie.
Je dois créer un poncif.


Le goût précoce des femmes. Je confondais l’odeur de la fourrure avec l’odeur de la femme. Je me souviens... Enfin j’aimais ma mère pour son élégance. J’étais donc un dandy précoce.



Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption ; il doit vivre et dormir devant un miroir.

Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie (…) Le caractère de beauté du dandy consiste surtout dans l’air froid qui vient de l’inébranlable résolution de ne pas être ému; on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais ne veut pas rayonner.

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?



Il serait peut-être doux d'être alternativement victime et bourreau.


Le vrai héros s'amuse tout seul.